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Secrets de famille : le poids du silence en héritage

Publié par Anastasia Gross sur 12 Juin 2022, 19:01pm

Catégories : #ARTICLES

Secrets de famille : le poids du silence en héritage

Ils sont transmis sans mot, de génération en génération, et engendrent un lourd héritage inconscient. Les secrets de famille hantent la vie des membres à qui on les cache. Véritable bombe à retardement, leur révélation est parfois un profond soulagement. Témoignages et analyses.

"Je suis mariée et personne de ma famille ne le sait" ; "Ma sœur est en fait ma demie-sœur, ma mère m'a dit de ne rien dire" ; "Mon père trompe ma mère avec l'une de leur amie, je le sais, pas ma mère"; "J'ai eu recours à l'IVG et personne de ma famille ne le sait et ne le saura jamais" ; "Je cache ma maladie à ceux qui pourraient m'aimer" ; "J'ai eu une histoire d'amour avec mon cousin pendant un an, il était marié"

 

Lorsque Morgane Ortin, derrière le projet Instagram Amours Solitaires, et autrice de Le Secret, le bruit du silence (Ed. Albin Michel, 2021) propose à ses abonnés de lui confier leur secret le mieux gardé, ils sont nombreux à s'en libérer, un court temps, anonymement, derrière leur clavier. Qu'il en soit le gardien ou le prisonnier, c'est un secret lié à sa famille que l'internaute lui révèle, souvent. Parce qu'à chaque famille son lot de zones d'ombre dans le roman familial, de fantômes dans la crypte psychique et de silences qui font le bruit du malaise. Voire du mal-être. Chez ceux qui le taisent, mais aussi chez leurs descendants. Même - et surtout - s'ils ne savent rien dudit secret.

Selon certains, ce dernier, encore inconnu mais transmis à leur inconscient, pourrait les affecter, modifier leur comportement, jusqu'à leurs choix de vie. 

Un secret non-verbalisé mais puissamment ressenti

C'est l'exemple de Romy Trajman, qui ressent un malaise, un non-dit, depuis le divorce de ses parents quand elle avait à peine six ans. "Petite, je sentais bien que des évènements graves avaient tendu leurs liens. J'entendais leurs silences", rembobine-t-elle aujourd'hui, à l'âge de 25 ans. Alors qu'elle ne sait rien, Romy éprouve aussi "une blessure inexplicable dans son corps".

Le secret "n'est pas verbalisé, il est invisible, mais il est ressenti", écrit Yvonne Poncet-Bonissol, psychologue clinicienne, spécialiste des relations familiales, dans son passionnant ouvrage Secrets de famille , paru cet automne aux éditions Larousse. Puis il "finit par nous envahir à notre insu". La petite Romy grandit et devient une jeune réalisatrice, encombrée par ce secret flottant et omniprésent en elle. Elle se met alors à enquêter, trois ans durant. Savoir, trouver, comprendre, lui était devenu "viscéral", explique-t-elle. 

Petite, je sentais bien que des évènements graves avaient tendu leurs liens. J'entendais leur silences

Le père, incapable de verbaliser ce secret transgénérationnel, glisse à sa fille le contact de sa psychiatre, qu'il missionne de tout "lâcher" pour lui. C'est dans ce cabinet que Romy, alors âgée de 22 ans, apprend que son grand-père fut déporté en camps de concentration et que la mère de ce dernier était cachée dans l'armoire d'un couvent, protégée par des bonnes sœurs durant l'Occupation.
 
Traumatisé par le drame vécu par ses aïeux, le père de Romy a été diagnostiqué maniaco-dépressif et bipolaire à l'âge de 18 ans. Il a aussi développé un syndrome de Stockholm dans ses phases maniaques, à cause duquel il se déguise parfois en SS, se met à parler en allemand aux fêtes de famille et tient des propos antisémites. Cette violence, choquante pour ses proches, mais dont il est victime, fut la cause du divorce de ses parents, comprend la vingtenaire chez la psychiatre. Auprès de cette dernière, elle découvre en même temps deux tabous familiaux : la déportation de son grand-père et les maladies de son père.
À la même période, sa grand-mère maternelle, à qui elle rend visite pour un goûter autour d'un thé, lui révèle la dernière pièce manquante qui lui échappe encore, le troisième lourd secret de famille : jeune, sa mère a été victime d'inceste par son propre père. Le grand-père maternel de Romy et le défunt mari de celle qui lui confie ce grave évènement donc. Les douleurs jusqu'alors inexpliquées dans son corps d'enfant s'expliquent soudainement.
 
L'inceste, les viols, "mais aussi les enfants décédés, cachés ou adultérins, les crimes, les suicides, les morts violentes, du moins mal-vécues", peuvent-être autant de drames familiaux, de traumas qui se transforment alors en secrets de famille. Le psychologue derrière le pseudonyme Sapiens sur un caillou etla chaîne Youtube de vulgarisation de certains concepts de psychologie et de psychanalyse note également que "tous les traumatismes collectifs, comme les attentats, les guerres, les déportations", peuvent aussi être des évènements autour desquels s'instaurent un secret.  

Des secrets qui traversent les générations

Mais comment Romy a-t-elle pu ressentir en elle ces secrets familiaux dont elle ignorait tout ? Un secret, même quand il n'est pas révélé, est transmis à l'enfant, "via des codes, des préceptes de vie, la transmission de valeurs, mais aussi de certaines réactions et de certains comportements", liste Yvonne Poncet-Bonissol. Via l'éducation donnée par les parents, en somme. Qui elle-même peut être une transmission de l'éducation que les parents ont reçue de leurs propres parents.
Le fantôme [représente] le drame familial qui s’est invité dans la psyché de l’enfant et qui est là pour le hanter quotidiennement
"Tous les non-dits, tout ce qui se met en place autour du secret, passent à travers la gestuelle, les attitudes des parents, (... ) la façon de dire les choses, le choix des mots, la façon d'éluder les questions, d'émettre des choses, d'en rajouter d'autres...", complète Sapiens sur un caillou, dans sa vidéo consacrée aux secrets de famille. "Tout ceci créé un système familial qui génère chez l'enfant l'apparition du fantôme", explique-t-il. Par "fantôme", il désigne "le drame familial qui s’est invité dans la psyché de l’enfant et qui est là pour le hanter quotidiennement". Ce fantôme "a pour particularité de n'avoir jamais été [une transmission] consciente et de résulter du passage de l'inconscient d'un parent à l'inconscient d'un enfant", note par ailleurs l'auteure de Secrets de famille.
"Si le grand-père a violé la mère, mais que la fille n'en sait rien, elle peut tout de même rencontrer des difficultés à être sexuellement épanouie, exemplifie à Marie Claire Mickaël Benyamin, psychanalyste et auteur de l'essai La psychosomatique, le corps sous influence  (In Press). Car au moment de son adolescence et de ses premières règles, sa mère l'aura mise grandement en garde, aura formulé de lourds avertissements, que son enfant ne comprendra d'ailleurs pas forcément. Mais par son langage et ses intonations, cette mère aura transmis son angoisse à sa fille, qui peut être bloquée une fois adulte."
 
Les secrets traversent donc les générations par l'éducation et tout ce que les parents laissent inconsciemment échapper sans révéler pour autant ce qu'ils cachent précieusement, voire ce que leurs propres parents leur ont caché à eux-aussi. Mais ces secrets pourraient également se transmettre par "l'héritage épigénique", par "la transmission par les gênes" en d'autres termes, qu'Yvonne Poncet-Bonissol évoque au conditionnel dans son ouvrage.
 
"Les traumas de nos ancêtres, à l'origine des secrets et des non-dits, s'inscriraient au plus profond de nous, c'est-à-dire, au cœur même de notre génome, en modifiant la façon dont nos gènes s'expriment, développe-t-elle. Ce mode d'expression des gènes pourrait se transmettre, ce qui expliquerait pourquoi un traumatisme non-vécu, à l'origine d'un non-dit ou d'un secret, pourrait 'suinter', et donc avoir des conséquences psychiques ou psychologiques sur les générations qui suivent."
 
Sce: Marie-Claire.fr
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