En entrant dans cet espace, vous pourriez bien vous y rencontrer. Découvrir vos profondeurs et lever tous vos blocages. Et retrouver l'apaisement. Un voyage vers soi à travers l'infini de l'arbre familial, son champs des possibles et la Psychogénéalogie.

DEUX DANGERS DE LA NAISSANCE : BÂTARDISE ET ABANDON

DEUX DANGERS DE LA NAISSANCE : BÂTARDISE ET ABANDON

Pendant longtemps il a été admis que tout seigneur peut librement séduire servantes, domestiques et paysannes qu’il croise sur son chemin. Il sait toujours avec quelle sérénade ou quel pâté de lièvre délicatement envoyé il va la rendre à sa merci. Il ne fait d’ailleurs qu’imiter en cela le roi, qui a une ou plusieurs maîtresses officielles. Les bâtards sont monnaie courante dans les familles nobles. Le duc de Clèves n’en a-t-il pas soixante-trois ? Personne ne s’en offusque et il est légal de leur donner des droits comme à des enfants légitimes, de les mentionner dans son testament, de les faire élever sous son toit avec ses autres enfants, voire même par sa propre épouse. Les régions du Sud comme le Béarn, le Périgord, le Quercy et l’Auvergne regorgent ainsi littéralement de bâtards.

Dès le début du XVIIe siècle, une réaction se fait sentir de la part des familles légitimes, qui limite largement les droits de ces enfants. Seul le roi conserve ses habitudes et ses privilèges. L’Église, condamnant l’adultère et le concubinage, les enfants illégitimes deviennent moins nombreux dans les familles aisées et se marginalisent dans les classes moyennes. À la fin du XVIIIe siècle, l’illégitimité ne représente que 2 pour 100 des naissances. Elle est par ailleurs sévèrement contrôlée.

En 1536, Henri II a publié un édit aux termes duquel les filles célibataires enceintes sont tenues de déclarer leur grossesse auprès d’un officier ministériel, généralement un notaire, afin de ne pouvoir, ensuite, se débarrasser impunément de leur nourrisson. Si cette loi, dans la mesure où elle fut respectée – ce qui n’a pas toujours été le cas –, a sauvé plus d’un enfant d’une mort dramatique, elle a sans doute augmenté considérablement le nombre des abandons. L’enfant illégitime, rejeté de la société et mal toléré, particulièrement à la campagne, est dorénavant abandonné par sa mère. À Paris, ce sont ainsi quatre à sept mille enfants qui connaissent ce sort chaque année, à la fin de l’Ancien Régime. Il est vrai que concubinage et illégitimité sont des phénomènes qui se développent surtout dans les couches populaires des villes industrielles, là où le mariage n’a plus la raison d’être stratégique et morale qu’il conserve en milieu rural. Les villes-usines du XIXe siècle connaissent le triste record de naissances naturelles et, par voie de conséquence, d’abandons. La vie des enfants abandonnés est à ce point précaire que leur taux de mortalité frôle souvent ou même dépasse les 80 pour 100 à la fin du XVIIIe siècle !

Ce n’est évidemment pas à la campagne que l’on trouve des enfants abandonnés. Les villageoises réduites à cette extrémité préfèrent aller en ville où elles peuvent, comme leurs consœurs d’infortune, laisser leur progéniture en un lieu où l’on pourra lui apporter des soins. Rares sont les abandons sur la voie publique, comme on peut en dénombrer à Lille au cours du XIXe siècle. À Paris, le bon M. Vincent a fondé en 1640 un hôpital spécifiquement destiné à les accueillir. D’autres grandes villes s’en sont ensuite dotées. Mais, la plupart du temps, c’est dans le tour d’un hospice que la mère dépose son enfant. Un tambour cylindrique permet de placer le bébé dans le mur d’enceinte. Il suffit ensuite de tirer une sonnette pour prévenir la sœur « tourière » qui arrive, fait pivoter le tambour et recueille l’enfant en entendant, au loin, les pas de sa mère s’éloigner dans la nuit.

Bien souvent, l’enfant est de ce fait dénué de toute identité et l’hôpital lui en forge une, plus ou moins simpliste, selon la couleur de ses vêtements, la saison, le lieu d’abandon ou tout bêtement le saint du jour. Voilà pourquoi beaucoup de familles portant un prénom comme patronyme ont souvent pour fondateur un de ces malheureux enfants trouvés. D’autres fois, le nom est moins anonyme, comme celui de Marie Desbarreaux, ainsi nommée à Autun parce que remise à travers les barreaux d’une fenêtre. Parfois, la mère, lorsqu’elle sait écrire, a soin de griffonner un papier de son écriture malhabile, précisant que l’enfant est baptisé ou demandant de le nommer de telle ou telle façon. Mais, dans les grandes villes, les cas sont si nombreux que l’on imagine, vers 1710, de « faire marquer lesdits enfants de quelque petite estampe, ou de leur faire percer l’oreille pour l’y attacher. Mais dans la crainte que cela ne produise quelque méchant effet [les administrateurs de l’hôpital de Lyon préférèrent] deux médailles de plomb percées dans le milieu au travers desquelles on passe un cordon de soie ; sur un côté d’une des médailles sont imprimées les armes dudit hôpital et sur l’autre le numéro où est inscrit l’enfant ».

L’avenir de ces pauvres enfants est incertain. En 1790, Sébastien Mercier raconte qu’on cherche à en faire des soldats. Projet barbare, ajoute-t-il. Mais sont-ils en droit d’attendre un sort meilleur ? Si le bâtard, rejeté de la société, parvient à atteindre l’âge d’homme, c’est souvent pour grossir les rangs des miséreux et des errants. Si, abandonné à l’hôpital, il parvient à déjouer les mille et un dangers de l’enfance, un sort identique l’attend. La plupart de ces malheureux ne se marient jamais, n’ont jamais d’enfants et ne figurent donc guère parmi nos ancêtres biologiques.

Sce: JL Boucournot

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :