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Nos accidents ont-ils un sens ? 3 ème partie

Nos accidents ont-ils un sens ? 3 ème partie

Mémoires héritées de fautes terribles inavouables ou de vécus indicibles associés

Voltaire a écrit : « L’hérédité du suicide à un âge précis, a été remarquée bien des fois. Un monomaniaque, dit Moreau de Tours, se donne la mort à 30 ans ; son fils arrive à peine à 30 ans qu’il est atteint de monomanie et fait deux tentatives de suicide… Un dégustateur qui s’est trompé sur la qualité d’un vin, désespéré, se jette à l’eau. Il est sauvé. Mais plus tard, il accomplit son dessein. Le médecin qui avait soigné ce nouveau Vattel, apprit que son père et un de ses frères s’étaient suicidés au même âge et de la même manière. »

Je pense que l’on peut aujourd’hui apporter une réponse claire à Voltaire au sujet de la manière dont s’organisent les syndromes d’anniversaire (qu’il s’agisse d’accident, de suicide ou de tout autre évènement traumatique intervenant à une date ou à un âge signifiant).

Lorsqu’on se trouve en lien avec un ancêtre qui a subi ou commis l’innommable à un âge donné, on naît avec l’information que ce cap-là sera difficile à franchir. Qu’on hérite d’une mémoire de victime ou de bourreau, le résultat sera souvent le même : plutôt mourir plutôt que de risquer de commettre ou de subir cet enfer. Certaines maladies fulgurantes peuvent ainsi nous convenir. L’accident peut constituer également une solution « gagnante ». Voici 2 histoires parmi bien d’autres pour illustrer le propos. Le phénomène qui semble un rien abstrait est malheureusement infiniment concret et quelle plus grande tragédie que de mourir au nom d’une faute ou d’un traumatisme vécu il y a des décennies par l’ancêtre dont nous sommes revenus jouer la partition, et par conséquent la prolonger ou la solutionner ?

L’accident improbable de Serge :

Serge est né le même jour que sa tante Sylviane. Cette dernière est aussi sa marraine. Porteuse d’une mémoire de viol et l’ayant probablement subi elle-même, Sylviane s’est suicidée à 29 ans et 10 mois. Plusieurs informations attestent la réalité de ces traumatismes subis parmi lesquels le fait que son grand-père paternel ait eu des pulsions pédophiles. Entre autres éléments, un des fils de Sylviane qui porte le prénom de ce même grand-père ressent également ce type de pulsions régulièrement, un autre de ses fils s’appelle Jean-Baptiste, celui qui porte le poids de la faute, il vit seul et fabrique ou répare des violons, l’instrument de musique qui soigne le mieux les mémoires de viol (dans « Aleph », le dernier livre de Paulo Coelho, son héroïne déclare lors d’un diner mondain au sujet de son penchant pour le violon : « j’ai commencé à en jouer à 12 ans parce que j’ai été violée à l’âge de 10 ans ! »).

Serge s’est toujours senti très lié à sa tante Sylviane. Sa mort fut un choc pour lui ainsi que pour le clan familial. Le sujet évidemment sensible devint rapidement tabou.

Un jour, Serge se trouve au volant de sa voiture à un carrefour. Il s’arrête au stop et voit très clairement sur sa gauche un véhicule qui se rapproche. Il n’a aucune raison d’avancer, pourtant, il enclenche la première et démarre. Le choc est inévitable. Parechoc arraché, pas mal de dégâts matériels. Serge a beau se confondre en excuses, le conducteur du véhicule percuté est entré dans une colère immense.

Plus tard, Serge, en avançant dans ses compréhensions découvrit en songeant à ce 5 novembre très particulier, qu’il s’agissait de la Sainte-Sylviane. Par ailleurs, et ce n’est pas la moindre des « coïncidences », Serge avait 29 ans et 7 mois ce jour-là !

Prétendre que le lien de Serge avec le sort et la trajectoire de vie de sa tante préférée Sylviane n’existerait pas ne serait tout simplement pas raisonnable. D’autant que Serge s’est toujours trouvé des affinités avec le fils de cette dernière. Lui-même, comme son cousin, a plusieurs fois ressenti des pulsions pédophiles qui l’ont effrayé. Voilà donc un accident qui ne doit absolument rien au hasard. Récemment, pour dire au revoir à tout cet héritage, Serge qui joue du violoncelle (afin de soigner « celle qui a été violée ») est allé jouer sur la tombe de Sylviane. Ce fut un moment puissant et libérateur pour lui.

Enseignement :

On voit jusqu’où peut aller se nicher l’inconscient familial. Le savoir-faire, le savoir-organiser dont il est capable est sans limite. Puisqu’il peut conduire un homme parfaitement lucide qui voit une voiture arriver en face de lui à accélérer pour provoquer un accident dont le sens conscient lui échappe totalement. Et tout cela au même âge et le jour de la fête de l’ancêtre avec qui il est en lien direct. Cela signifie que notre cerveau inconscient dispose du calendrier complet des fêtes et de toutes les dates importantes de notre histoire nationale (de la Saint Barthélémy aux grandes guerres des 19 et 20^ème^ siècles, à leurs dates-armistices…). Cela signifie également l’importance des dates dans l’analyse a posteriori d’un accident. Entre autres pistes, il faut toujours veiller à observer le saint-calendaire concerné.

Jean et Violaine

Jean est venu me voir il y a sept ans. Il n’a qu’un seul frère. Tous deux ont connu un grave accident à l’âge de 48 ans. Leur père aussi a failli mourir dans un accident à 48 ans. Le grand-père paternel de Jean a quitté sa femme à 48 ans. Ce fut un traumatisme familial qui introduisit par ailleurs le manque de père dans l’histoire familiale. La question que Jean me posa fut la suivante : « Ces évènements sont-ils liés ? » Après avoir remonté son arbre, je lui répondis qu’il était probable que le véritable traumatisme se trouve au-dessus. Une séparation même difficile ne justifie pas qu’on manque de se tuer sur deux générations au même âge. Comme je l’ai dit précédemment, il faut en règle générale trois ou quatre générations pour obtenir les manifestés les plus puissants suite à des traumatismes. Je pense par conséquent que le « coupable » est plutôt le père ou un grand-père de celui qui a quitté sa femme à 48 ans. Qu’a-t-il commis autour de cet âge d’innommable, d’impensable ? Le fait que Jean soit marié à Violaine laisse entendre une histoire de viol et peut-être d’inceste qui s’est engrammée dans les mémoires de ses descendants. D’autres indices qu’il est inutile d’évoquer penchent pour cette hypothèse.

C’est par conséquent pour ne pas commettre le même « crime » que les loyautés familiales invisibles ont conduit le grand-père de Jean à quitter sa famille avant qu’il ne soit trop tard. Pire, pour les deux générations suivantes, c’est « à cause » de cet ancêtre que, par la suite, les hommes ont manqué de se tuer au même âge. Et c’est ainsi que Jean, en correspondance avec sa problématique familiale, a « choisi » un métier à risque souvent relié à une tonalité de manque de père. En allant chercher dans l’arbre de Violaine, il est presque certain qu’on y trouverait une histoire de viol et de haine. Aujourd’hui, Jean, qui est sophrologue (celui qui, ayant appris à vivre avec sa propre souffrance, peut aider les autres à gérer la leur) a décidé de se tourner aussi vers la psychogénéalogie. Cette version de son histoire familiale lui a énormément parlé.

Conclusion

La rencontre avec les histoires de nos ancêtres, les fils que l’on commence à entrevoir au-dessus de nos têtes, les liens que l’on commence à réaliser entre eux et nous, tout cela devrait nous diriger vers un chemin d’humilité et d’amour. La clef d’un voyage réussi est, du reste, toute simple : elle consiste à faire la paix avec eux, à réaliser que n’ayant pu accéder à leur dimension inconsciente, ils n’ont disposé que de très peu de marge de manœuvre. Au bout du chemin, il s’agit d’éprouver de la compassion envers eux, de la reconnaissance quand bien même ils n’ont pas toujours bien agi selon les critères établis de la morale sociétale. Car nous leur devons d’avoir été conviés au banquet de la vie. Sans ce grand-père si terrible, cette arrière-grand-mère si austère, nous ne serions pas là ! Et peu importe ce qu’ils ont accompli durant leurs vies. Nos ressentiments, nos culpabilités vis-à-vis d’eux seront toujours contre-productives. A l’origine d’un bourreau, il y a très souvent une victime.

Quelle plus grande tragédie que de mourir au nom d’une faute ou d’une souffrance subie par l’ancêtre avec qui nous sommes en lien ? Ne doit-on pas voir en cette vie achevée prématurément par un accident ou une « maladie anniversaire » un échec ?

Peu importe le biais, seule la libération compte. Et en dépit de ce que bien des sceptiques pourraient penser, toutes sortes d’avancées sont possibles à tout âge de la vie. Si on ne peut porter un jugement défavorable sur quiconque du fait du peu de marge dont chacun dispose le long de sa trajectoire de vie, au moins peut-on considérer avec bienveillance le fait que par le miracle des méandres de nos cheminements intérieurs, nous puissions nous trouver en mesure de déprogrammer parfois le pire, c'est-à-dire une mort organisée au millimètre par loyauté à l’ancêtre avec qui nous sommes en lien.

Bonne route


Sce:E Ratouis 

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