Les arbres gynécologiques 1 ère partie

Les arbres gynécologiques 1 ère partie

Les arbres gynécologiques
par Danièle Flaumenbau extrait de son livre Femme désirée, femme désirante aux éditions Payots.

L'encombrement du sexe par le transgénérationnel
Le sexe est porteur de pathologies qui concernent nos lignées des femmes lorsqu’il est encombré, souffrant, malade, stérile ou fécond de façon inopportune. Nous sommes héritières de celles qui nous ont mises au monde. C’est avec elles et par elles que nos organes féminins se mettent en place et acquièrent leurs fonctions. Nous héritons de leurs forces comme de leurs faiblesses.

Les règles douloureuses
« Jeune fille, quand j’avais mes règles, me dit Josiane en consultation, je ne pouvais rien faire d’autre que d’être allongée avec une bouillotte sur le ventre. C’était le seul moment où ma mère s’occupait de moi. »

Je lui demande alors :
Votre mère avait donc eu aussi des règles douloureuses ?
« Oui, mais sa mère lui disait qu’il ne fallait pas s’écouter. Ma grand-mère maternelle était une femme sévère qui travaillait dur. Elle-même n’avait jamais souffert de ses règles. C’était sa sœur aînée qui en souffrait et seule la chaleur du fer à repasser calmait ses douleurs. »
Et vous, vous êtes aussi l’aînée, comme votre mère et la sœur de votre grand-mère. Dans votre famille ce sont les filles aînées qui souffrent de leurs règles et cette souffrance se transmet d’une génération à l’autre.
Lorsqu’on étudie « les arbres gynécologiques », on trouve des schémas de répétitions semblables à celui-ci, qui font que les femmes héritent des mêmes problématiques que celles qui occupent la même place dans les générations antérieures. Cette répétition ne s’exprime pas obligatoirement avec les mêmes symptômes ni la même intensité. Elle signale que chacune en est affectée à sa manière et qu’il s’agit d’une « pathologie de lignée ». Dans le cas de Josiane, la grand-tante, la mère et la fille souffrent de la même chose, mais elles y réagissent et y font face à leur manière, avec les mœurs et les outils de leur époque. Pour sa grand-tante, c’était le fer à repasser, pour sa mère, il fallait ne pas s’écouter, pour elle, c’était la bouillotte et l’affectivité de sa mère qui la calmait.

La vie des femmes peut ainsi être scandée par des douleurs qui prennent régulièrement et répétitivement la direction de leur vie, et elles sont nombreuses à s’en plaindre :
« Les jours qui précèdent mes règles, j’ai toujours une déprime et lorsqu’elles arrivent, je me sens complètement vidée. »
« Mon ventre devient ballonné : je me sens lourde et oppressée.»

« Je voudrais vivre mon état de femme sereinement, sans avoir mal au ventre, mes règles sont un enfer, surtout quand elles arrivent pendant la nuit. Dans la journée, si je m’active ou si je travaille, ça va à peu près, mais le soir, ça reprend. C’est toujours le même cauchemar : les jours qui précèdent, j’ai une baisse de moral, une chute totale du désir. »
« J’en ai marre d’avoir mal au « bide » tous les mois, ça réveille mes vieux démons. »

Lorsque les femmes me signalent des règles douloureuses, des saignements trop abondants ou un syndrome prémenstruel, je leur propose de faire ensemble un état des lieux des problèmes féminins dans leur généalogie. Il n’est pas normal qu’un processus naturel soit douloureux. Avoir ses règles n’est pas un phénomène accidentel ou inattendu, saigner n’est pas une blessure. C’est tout à la fois le témoignage de sa féminité et celui de son absence de fécondation. Chez la jeune fille, l’arrivée des règles pour la première fois est une mutation, un saut qui lui fait quitter le monde de l’enfance pour la propulser dans la découverte et la construction de son avenir de femme.

Chez certaines femmes, les règles douloureuses ou trop abondantes surviennent tous les mois comme une tempête, un raz de marée, un cyclone, une inondation, une emprise. Une intrusion interfère dans leur petit bassin, les accapare, elles en sont tributaires. Pour d’autres femmes, à la place des douleurs de ventre, elles ont de terribles migraines.

Ces douleurs leur tombent dessus, handicapent leur vie plusieurs jours par mois, prennent beaucoup d’énergie, rendent leur vie fatigante pour elles-mêmes et leur entourage. À ma génération, l’explication la plus courante qu’en donnaient les mères était : « C’est normal d’avoir mal, ça passera quand tu auras un enfant. » Ce qui est loin d’être vrai. À leur époque, l’instruction de ce qu’étaient les règles n’existait pas. Rares étaient celles qui prévenaient leur fille de l’arrivée de l’événement. On l’a vu avec la mère de Nathalie qui, n’en sachant rien, a cru qu’elle était en train de mourir.

Voilà quelques-uns des propos tenus par les mères de mes clientes à l’arrivée de leurs règles :
« Mais ce n’est rien du tout ma chérie ! »
« Tu es grande, tu deviens une femme et tu seras toujours malade. C’est normal. »
« Fais attention maintenant, tous les hommes sont des salauds ! »
En se mettant à pleurer : « Ma pauvre petite fille. »
« Mais qu’ai-je fait pour avoir une fille qui souffre tant ? »
« Mon Dieu, mais vas-tu t’arrêter de grandir ! »
« Ben, qu’est ce qu’elle t’a dit la maîtresse ? »
« Tiens, tu feras tremper tes serviettes dans le bidet. »
« Désormais tu es une femme : fais attention ! »
« C’est la fin de ta liberté. Tu n’auras plus le droit de sortir. »
« Déjà ! Toi, encore si petite .»
Comment, avec de telles paroles, ces jeunes filles pouvaient-elles considérer l’arrivée de leurs règles comme un avènement positif dans leur nouvelle vie de femme?

 

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