Comment se soigner fin XIX debut XXème siecle 1ère partie

Comment se soigner fin XIX debut XXème siecle 1ère partie

Ci dessous un texte écrit par mon grand père.
Jules LASAIRES
SORCIERS, GUÉRRISSEURS, REBOUTTEUX, RABILLEURS, ETC.

Il existe toujours, comme au Moyen Âge, des rebouteux, des guérisseurs et des sorciers. Leurs pratiques occultes et mystérieuses un peu diaboliques ne sont pas étrangères à leur succès car nous gardons un goût secret et vague pour le prodige et dans les campagnes persiste souvent une certaine défiance à l’endroit de certains médecins plus ou moins entendus, plus ou moins heureux dans leurs soins.

Les rebouteux, outre une habileté manuelle due à la pratique et à leurs connaissances ostéologiques (anatomie des os) transmises de père en fils avec un succès très souvent mérité. Dans mon enfance on connaissait les guérisons miraculeuses du rebouteux des Nasbinal dans la Lozère. Il était connu à cause de ses connaissances et de ses démêlés avec les médecins et les chirurgiens de la région. Un jour, en Cour d’Assises, il arriva avec un jeune agneau avec ses quatre membres démis et demanda à ses adversaires de faire marcher veuillent bien faire marcher la petite bête. Il acceptait qu’un vétérinaire se joigne à eux. En un tournemain il remit les membres en place et le petit agneau se mit à gambader. Il fut condamné ! La science officielle ne permet pas de guérir en dehors d’elle.

Une de mes parentes de Gos, Marie dé Vidal, s’était décrochée la mâchoire inférieure. Le docteur de Camarès ne réussit pas à la remettre en place. De Camarès, la pauvre femme partit pour Nasbinals. Une minute après, elle pouvait repartir pour Gos.

Les rebouteux, les rebouteurs, rhabilleurs, renoueux se bornent à remettre en place les membres fracturés, luxés ou foulés. Les guérisseurs eux traitent au moyen de remèdes de « bonne femme », il n’est pas une vieille mamé qui ne conseille une tisane, un emplâtre, un onguent et tout le monde est plus ou moins conseilleur de quelque recette, de quelque remède très simple.

Mais il y a des remèdes plus extraordinaires ; en cas d’angine, se cravater la nuit avec le bas, mais de la jambe gauche et mis à l’envers. Ou bien soigner les dartres en les humectant, à jeun, avec de la salive. Enfant, j’ai été conseillé de les humecter avec mon urine.

Certains conseillent pour tuer les vers des bébés de suspendre à leur cou une gousse d’ail. Pour se défaire des hémorroïdes de mettre des marrons d’inde à la poche et à ce sujet, car les marrons d’inde préservent aussi des rhumatismes et d’autres maladies. Contre les humeurs froides placer une racine de verveine au creux de l’estomac. M. Causse, voyageur de commerce de Castres enseigna à mon père de porter sur lui constamment sur lui des nids de parasites des églantiers sauvages, espèces d’excroissances où se développent des chenilles à l’extérieur velu. François de la Noue dans les signes du destin écrit (page 86) qu’un homme de haute science et d’une remarquable intelligence, sujet à des rhumatismes, s’en est débarrassé en portant dans sa poche des petites pommes de terre ou des marrons d’inde. Le remède lui avait d’ailleurs été indiqué, en secret, par un médecin. En faisant sa part au psychisme, il rappelle que dans un être dont l’équilibre est rompu (le rhumatisant) , un autre être peut rétablir l’accord, la pomme de terre, le marron, la chenille, on ne sait encore par quel phénomène d’influence. Un être qui subit une discordance, en lui-même, au sein de son univers-atome, peut voir son accord rétabli après le rapprochement, l’intervention ou l’incorporation d’un être nouveau dont l’influence vient contrarier ou annihiler cette discordance. Que de choses inexplicables ou inexpliquées et que la science trouvera peut-être un jour.

Dans le Perche (département de l’Orne), les guérisseurs soufflent sur les plaies ; dans le Berry (Cher), les toucheurs touchent pour calmer les maux, tandis qu’en Vendée, en Poitou, en Bretagne, les dormeuses entrent en sommeil médiumnique pour prescrire leurs remèdes.

J’ai connu, à Marseille, une de ces dormeuses assez bonne guérisseuse, ma foi, et que certains docteurs de la grande ville prenaient en consultation !

Certaines pratiques ont pour but de fixer le mal ; ainsi pour une dent malade, on pose dessus un clou neuf en marmottant une formule, puis le clou est enfoncé dans une porte ou sur une solive. Le mal de poignet ou du pied appelé la rastoule, se guérit en mettant deux morceaux de bois en croix sur l’avant-bras ou sur la cheville ; mais il faut donner un coup de hache sur un billot en disant : « Au nom de Dieu, je te coupe la rastoule ! ».

Une croix tracée à la chaux sur un mur, au-dessus d’une porte écarte les mauvais sorts ; mais pour le même effet, on peut mettre un bouquet d’herbe de Saint-Jean (l’armoise).

Il y a aussi les toucheurs d’entorses et de foulures. Avec leur pied ils font beaucoup d’attouchements sur le pied nu du patient en formulant avec leur gros orteil des signes cabalistiques.

Certains remèdes sont répugnants. Ainsi au XIVeet au XVe siècles, contre l’épilepsie on ordonnait : « prenez un poids d’un escu d’or du guy de chêne, autant de grains de pivoine, autant de grains d’anis, autant de crâne d’un mort (si on fait le remède pour une femme, il faut prendre le crâne d’une femme, si on le fait pour un homme, il faut prendre celui d’un homme, chirurgiens en connaissent la différence. Il faut râper le crâne bien menu, il ne faut pas que la teste aye été plus de trois mois hors de la terre, parce qu’elle aurait perdu la force.) Vous mettrez le tout en poudre et séparez en trois parties égales, et les faites prendre au malade pendant trois jours d’intervalle entre chaque prise ; il faut le mettre dans un bouillon fait avec de la volaille sans sel, il ne faut pas qu’il mange de bœuf de quelques jours ; et qu’il tienne un régime de vie pendant un mois. »

Le professeur de l’École de Médecine de Montpellier a imaginé, au XIVe et au XVe siècles, le remède suivant. Il consiste à porter sur soi si l’on est atteint du « haut mal » ou « mal caduc » ou encore « mal de Saint-Jean » les noms des trois mages qui allèrent offrir des présents à Jésus dans l’étable de Bethléem : Gaspard fert myrrhum, Thus Melchior, Balthazar aurus ; hoec tria qui secum portabit nomina regus solvitur a morbo, Christi pistate, caduco.

Une pierre rouge, parce que rouge, placée sur la poitrine, est radicale contre toute hémorragie ; un citron en forme de cœur guérit toutes les affections cardiaques et naturellement des grains d’orge séchés préservent de l’orgelet.

Toutes les pratiques s’accompagnaient de formules, de prières souvent sans sens. Dans l’Eure-et-Loir, les entorses sont réduites en répétant trois fois : « Anté, anté, super anté, anté super, anté, anté ». Pour les forçures, autrement dit tous les tours de rein, lumbagos, etc., on dit trois fois : « Forçures, forçures, je te force et reforce. » Si après cela, vous n’êtes pas guéri, c’est que votre mal n’est pas un mal comme tous les autres maux.

Il y a aussi des remèdes contre les maladies des animaux. Le chancre des moutons ne résiste pas à l’incantation suivante, après avoir tourné l’animal du côté du soleil levant, il faut faire le signe de la croix et prononcer lentement et intelligiblement : « chancre blanc, chancre noir, chancre rouge, chancre boutonneux, chancre baveux, chancres de toutes sortes, je te conjure de ne plus avoir aucun pouvoir sur cette bête ». Mais pour guérir, il faut avoir lou poudé, c’est –à-dire le pouvoir qui vous a été donné ou cédé par une autre personne qui le possédait d’une autre personne ou se communiquait en famille.

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